Travailler tout en percevant l’AAH, c’est souvent un équilibre délicat entre besoin de revenus, fatigue liée au handicap et peur de perdre ses droits. Derrière la question « combien d’heures de travail sont possibles avec l’AAH ? », il y a surtout une vraie inquiétude : jusqu’où aller sans mettre en danger ses allocations et sa stabilité financière. La réponse ne se trouve pas seulement dans le Code de la sécurité sociale, mais aussi dans un faisceau de règles emploi, de plafonds de ressources et de pratiques des Caf et MSA qui peuvent vite sembler opaques.
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la loi ne fixe pas un plafond d’heures uniforme pour tous les bénéficiaires de l’AAH. Le cœur du dispositif tourne autour des revenus, des abattements appliqués sur le salaire et des plafonds propres à chaque situation familiale. Temps plein, temps partiel, missions ponctuelles, travail en ESAT ou en milieu ordinaire : chaque configuration a ses effets sur le calcul de l’allocation. Comprendre ces mécanismes change tout, car cela permet de préparer une reprise d’emploi, d’anticiper une baisse éventuelle de l’AAH et de décider, en connaissance de cause, du nombre d’heures de travail que l’on veut et que l’on peut réellement assumer.
En bref
- Pas de plafond légal d’heures de travail pour l’AAH, mais un système basé sur les ressources et les abattements sur le salaire.
- En milieu ordinaire, le cumul AAH + salaire est intégral pendant les 6 premiers mois d’activité, puis l’allocation devient différentielle.
- Les plafonds de ressources annuels varient selon la situation familiale et conditionnent le maintien de l’AAH.
- En ESAT, les règles de rémunération garantie et de cumul avec l’AAH suivent un barème spécifique.
- La déclaration trimestrielle des revenus est indispensable pour éviter les indus et les suspensions.
Combien d’heures peut-on travailler avec l’AAH sans perdre ses droits en 2026 ?
La première chose à intégrer, c’est que la notion de plafond d’heures pour travailler avec l’AAH est largement un mythe. Le droit du travail fixe des durées maximales hebdomadaires pour tout salarié, mais l’AAH, elle, se base sur tes revenus, pas sur un compteur d’heures. Tu peux donc, en théorie, être à temps plein, à mi-temps ou en job très fractionné, l’important pour la Caf ou la MSA reste le salaire que tu perçois et la façon dont il est pris en compte dans le calcul des allocations.
Dans la pratique, beaucoup de professionnels parlent d’un repère autour de 20 heures de travail par semaine pour certains profils, surtout lorsque la fatigue liée au handicap est forte. Ce n’est pas un seuil légal, mais un point d’équilibre souvent utilisé dans les accompagnements vers l’emploi : assez d’heures pour augmenter les revenus, sans basculer trop vite au-dessus des plafonds de ressources. Pour une personne comme Malik, 34 ans, reconnu travailleur handicapé avec une capacité réduite, passer d’un rythme d’ESAT à un temps partiel en milieu ordinaire autour de 18 à 22 heures hebdomadaires peut représenter une marche raisonnable.
Il faut aussi regarder un autre élément important : la compatibilité emploi AAH ne se joue pas seulement sur les montants, mais aussi sur ton état de santé et ta capacité à tenir dans la durée. Travailler 10 heures par semaine dans un environnement stressant peut être bien plus difficile que 24 heures dans un poste adapté, en télétravail partiel, avec un manager formé au travail et handicap. C’est un angle que les textes ne prennent pas en compte, mais que les médecins du travail et les MDPH regardent de près lorsqu’ils évaluent une aptitude ou ajustent un projet professionnel.
En milieu ordinaire, la grande souplesse vient du cumul intégral pendant les 6 premiers mois de reprise d’activité salariée. Pendant cette période, tes revenus professionnels ne sont pas pris en compte pour le calcul de l’AAH : la question des heures se pose donc surtout en termes de santé et d’organisation de vie, pas de perte d’allocations. C’est un moment utile pour tester un volume d’heures de travail, valider un trajet domicile-travail, jauger la fatigue, sans avoir en plus la pression financière immédiate.
Après ces 6 mois, l’allocation devient AAH différentielle. C’est là que la question « combien d’heures de travail garder ? » prend une dimension financière forte. Plus tu augmentes ton temps de travail, plus ton salaire monte, plus la part de revenus retenue dans le calcul de l’AAH grimpe. À partir d’un certain seuil, l’allocation peut disparaître. Pour certains, cela peut être acceptable si le salaire suit. Pour d’autres, notamment avec des contrats précaires, conserver une partie d’AAH reste un filet de sécurité nécessaire.
Un point de vigilance rarement expliqué : si tu cumules plusieurs revenus (emploi salarié, formation rémunérée, chômage, etc.), la lecture globale de tes ressources par la Caf peut devenir complexe. Des contenus comme cumuler AAH et formation rémunérée peuvent t’aider à anticiper les effets croisés. Au final, le nombre d’heures travaillé doit se décider en articulant trois paramètres : tes capacités de travail, la santé, et l’impact sur tes allocations. Ce triangle-là compte plus que n’importe quel chiffre figé.

Règles emploi, plafonds de ressources et calcul AAH quand tu travailles en milieu ordinaire
Une fois l’idée du plafond d’heures relativisée, il reste à comprendre comment fonctionne, concrètement, le cumul AAH + salaire en milieu ordinaire. C’est là que se jouent les vraies limites de travail, non pas en heures, mais en niveau de revenus. Pour 2026, les montants de référence restent structurés autour de plafonds annuels et d’un mécanisme d’abattement sur le salaire.
Pour commencer, regarde les plafonds de ressources annuels qui conditionnent le droit à l’AAH, toutes ressources confondues :
| Situation familiale | Plafond annuel de ressources AAH |
|---|---|
| Personne vivant seule | 12 460 € |
| Couple sans enfant | 22 200 € |
| Majoration par enfant ou ascendant à charge | + 6 225 € par personne à charge |
Ces plafonds incluent ton AAH, tes salaires, et le cas échéant d’autres revenus pris en compte. Tant que ton total reste en dessous, le droit à l’allocation est ouvert, même si le montant versé diminue avec l’augmentation de ton salaire. C’est ce qui explique qu’une personne puisse continuer à travailler plusieurs dizaines d’heures par semaine tout en percevant une AAH résiduelle.
Le cœur du mécanisme repose sur le calcul des revenus professionnels retenus. Après les 6 mois de cumul intégral, la Caf ou la MSA applique des abattements sur ton salaire. Autrement dit, seule une partie de ce que tu gagnes entre dans le calcul de l’AAH. Le barème de base est le suivant :
| Plage de revenus mensuels | Abattement appliqué | Part des revenus retenue |
|---|---|---|
| Jusqu’à 546,91 € | 80 % d’abattement | 20 % du salaire pris en compte |
| Au-delà de 546,91 € | 40 % d’abattement | 60 % de cette part pris en compte |
Concrètement, si tu touches 1 500 € par mois, la caisse retient 20 % des 546,91 € (soit 109,38 €) et 60 % du reste (953,09 €), ce qui donne 572,15 €. Au final, 681,53 € sont pris en compte dans le calcul de l’AAH. Ce n’est pas intuitif au premier regard, mais une fois que tu as fait une ou deux simulations, tu vois vite comment une augmentation du temps de travail influe sur tes allocations.
Dans ce cadre, la question « combien d’heures ? » se transforme plutôt en « quel niveau de salaire viser pour que l’équilibre soit acceptable pour toi ? ». Pour certains, l’objectif est clairement de sortir de l’AAH à moyen terme, quitte à accepter une baisse progressive. Pour d’autres, l’enjeu est de rester en dessous d’un certain seuil pour garder une AAH partielle, des droits annexes (par exemple certains avantages liés à la RQTH) et limiter les risques si le contrat s’arrête.
Autre point à surveiller : l’impact de tes revenus sur les autres aides. Une hausse de salaire peut agir sur ton APL, sur certains compléments, voire sur ton RSA si tu en bénéficiais auparavant. L’article sur les ressources et leur impact sur la Caf, l’APL ou le RSA donne un bon aperçu de ces interactions. Là encore, ce n’est pas le nombre d’heures de travail qui fait la différence, mais le revenu global déclaré.
Pour se repérer sans passer ses soirées dans les tableurs, l’usage d’un simulateur ou l’appui d’un travailleur social est loin d’être un luxe. Ce qui ressort systématiquement, c’est qu’un temps partiel bien pensé, avec une négociation autour des aménagements de poste et éventuellement de la compensation de salaire liée à la RQTH, peut être plus protecteur qu’un passage trop rapide à un temps plein mal sécurisé. Pour le dire simplement : ce n’est pas parce que la loi ne fixe pas de plafond d’heures que ton projet doit ignorer la question de la soutenabilité sur le long terme.
Travailler en ESAT avec l’AAH : heures de travail, rémunération garantie et plafonds spécifiques
Le cas des ESAT (établissements et services d’aide par le travail) mérite un zoom à part, car le cadre juridique n’est pas le même que pour un emploi en entreprise classique. Ici, tes heures de travail sont intégrées dans un dispositif médico-social, avec une rémunération garantie qui varie entre 55 % et 110 % du Smic horaire. Le temps passé au travail reste proche d’un temps plein, mais les montants perçus sont en général plus faibles qu’un salaire de droit commun.
Avec l’AAH, l’idée est que le cumul de ta rémunération garantie et de ton allocation ne dépasse pas certains montants, qui changent selon ta situation familiale. Pour 2026, les repères suivants restent utilisés comme base :
- Environ 1 823,03 € pour une personne vivant seule.
- Autour de 2 369,94 € pour un couple sans enfant.
- Presque 2 643,40 € pour un couple avec un enfant ou un ascendant à charge.
Si la somme de ta rémunération garantie et de ton AAH dépasse ces montants, la Caf ou la MSA réduit l’allocation. Ici encore, ce ne sont pas les heures de travail en ESAT qui sont plafonnées, mais bien le total des ressources. Les règles du droit du travail spécifique aux ESAT encadrent déjà le temps de présence, qui ressemble souvent à celui d’un salarié classique, avec une adaptation en fonction du projet personnalisé.
Pour calculer l’AAH en ESAT, la rémunération garantie subit elle aussi un abattement, mais selon un barème différent de celui du milieu ordinaire. Plus le pourcentage de Smic horaire est élevé, plus l’abattement est faible, et donc plus la part de rémunération prise en compte est importante. Le principe est simple : accompagner la montée en puissance de la rémunération en réduisant progressivement le rôle de l’AAH.
Voici un aperçu des abattements appliqués dans ce cadre :
| Niveau de rémunération garantie (en Smic horaire brut) | Taux d’abattement | Part prise en compte pour l’AAH |
|---|---|---|
| Entre 0,60 € et 1,20 € | 3,5 % | 96,5 % de la rémunération |
| De 1,20 € à moins de 1,80 € | 4 % | 96 % |
| De 1,80 € à moins de 2,40 € | 4,5 % | 95,5 % |
| De 2,40 € à moins de 6,01 € | 5 % | 95 % |
La grande question qui se pose souvent en ESAT, c’est celle de la transition vers le milieu ordinaire. Peut-on passer d’un temps proche du plein temps en ESAT à un contrat de 12 ou 24 heures hebdomadaires en entreprise sans perdre trop en revenu global, AAH comprise ? Les accompagnants terrain constatent que ce passage intermédiaire, avec un volume d’heures de travail progressif en entreprise, reste plus réaliste qu’un transfert brutal vers un 35 heures standard.
Il existe aussi des situations mixtes : certaines personnes cumulent un temps partiel en ESAT et quelques heures en milieu ordinaire. Dans ce cas, toutes les rémunérations sont prises en compte au niveau du trimestre, avec les abattements propres à chaque type d’activité. L’outil administratif n’a pas été pensé pour cette complexité, mais c’est une réalité fréquente dans les parcours. Là encore, la question à se poser n’est pas « combien d’heures puis-je cumuler ? », mais « quel assemblage d’activités me permet de tenir physiquement, psychologiquement et financièrement ? ».
Enfin, il ne faut pas oublier le volet projet de vie. Certains choisissent de rester en ESAT avec un nombre d’heures stable, car le cadre est sécurisant et l’équipe encadrante habituée au travail et handicap. D’autres préfèrent tenter une sortie progressive pour retrouver davantage d’autonomie et de salaire. Le droit ouvre les deux voies, mais ne donne pas la réponse à la place de la personne. L’essentiel est de s’appuyer sur des informations claires pour arbitrer entre sécurité et progression.
Conditions AAH, critères d’éligibilité et compatibilité avec un projet d’emploi
Avant même de compter des heures de travail possibles, il faut vérifier si les conditions AAH sont remplies, et comment elles interagissent avec ton projet professionnel. Beaucoup de malentendus viennent du fait que l’AAH n’est pas une « aide chômage » pour personnes handicapées, mais une allocation destinée à compenser une réduction durable de capacité de gain ou d’accès à l’emploi.
Pour ouvrir le droit à l’AAH, deux grands volets entrent en jeu. D’abord, le taux d’incapacité, apprécié par la CDAPH. Il doit être soit d’au moins 80 %, soit compris entre 50 % et 79 % avec ce qu’on appelle une « restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi ». Autrement dit, même si tu peux travailler, l’accès à un emploi en conditions classiques reste fortement limité. Ce critère est central lorsqu’on parle de règles emploi et de cumul avec des heures de travail : ton dossier doit refléter précisément ta réalité professionnelle.
Ensuite, les critères d’âge et de résidence. En règle générale, l’AAH est accessible à partir de 20 ans (avec quelques dérogations pour les jeunes qui ne sont plus à la charge de leurs parents) et suppose une résidence stable et régulière en France. Le tout est filtré par les plafonds de ressources déjà évoqués. C’est cette combinaison handicap + ressources qui dessine le périmètre de la compatibilité emploi AAH.
Un point souvent sous-estimé, c’est l’impact du projet professionnel sur la lecture du handicap par les institutions. Quelqu’un qui reprend un emploi à 28 heures de travail hebdomadaires dans un poste adapté, soutenu par une RQTH, peut tout à fait continuer à remplir les conditions d’AAH si son salaire reste en deçà des plafonds et si les limitations fonctionnelles sont bien documentées. Inversement, un dossier mal actualisé peut amener une CDAPH à estimer que l’AAH n’est plus justifiée, même si la personne lutte pour tenir son poste.
Autre élément à garder en tête : l’AAH peut coexister un temps avec d’autres allocations liées au parcours professionnel, comme l’ARE ou certains compléments. Des ressources comme l’article sur le cumul ARE et AAH permettent de mieux comprendre ces superpositions. Là aussi, une augmentation d’heures de travail ne joue jamais seule : elle se combine avec la fin potentielle de certaines aides, le début d’autres, et ce que la Caf enregistrera dans ses systèmes.
Pour beaucoup de bénéficiaires, la question la plus sensible reste la suivante : « si j’augmente mes heures, est-ce que je risque de perdre définitivement l’AAH ? ». La réalité est un peu moins tranchée. Tant que les conditions médicales restent remplies et que les ressources ne dépassent pas durablement les plafonds, un droit peut être maintenu ou rouvert. Ce qui complique la donne, ce sont les durées d’attribution (souvent de 1 à 5 ans) et la manière dont le dossier est documenté lors du renouvellement.
Du point de vue de l’accompagnement professionnel, il y a une position assez nette à adopter : mieux vaut anticiper les renouvellements de droits en intégrant ton projet d’emploi dans le dossier MDPH, plutôt que de séparer totalement handicap et travail. Décrire ton nombre d’heures de travail actuel, les aménagements nécessaires, la fatigue ressentie, les arrêts maladie éventuels, permet à la commission de comprendre que le droit à l’AAH n’est pas contradictoire avec une activité salariée, mais au contraire un levier de stabilisation.
En résumé, les heures de travail possibles avec l’AAH ne se décident pas dans le vide. Elles s’inscrivent dans un cadre d’éligibilité qui regarde à la fois le handicap, les ressources, et la cohérence du projet. Négliger l’un de ces aspects, c’est prendre le risque de décisions administratives difficiles à rattraper par la suite.
Déclarer ses revenus, éviter les indus et piloter ses heures de travail sur la durée
Une fois l’activité lancée, le nerf de la guerre, c’est la déclaration trimestrielle de ressources. Tous les trois mois, la Caf ou la MSA te demande de déclarer tes salaires bruts, voire d’autres revenus. C’est sur cette base que le montant de l’AAH est recalculé. Sans cette étape, même avec un nombre d’heures de travail raisonnable, la situation peut rapidement déraper : suspension des paiements, demande de remboursement, voire blocage d’autres aides.
Le dispositif repose sur une logique simple : les droits sont ajustés au plus près de la réalité de tes revenus récents. Si tu as augmenté tes heures de travail sur un trimestre, ta déclaration doit refléter cette évolution. Si au contraire tu es passé à un temps partiel réduit ou que ton contrat s’est arrêté, la déclaration permet de revaloriser l’AAH plus rapidement. Ne pas jouer le jeu, c’est laisser les systèmes informatiques estimer tes ressources à partir d’anciens montants, avec toutes les erreurs que cela peut entraîner.
Au-delà de l’obligation administrative, la déclaration est aussi un moment intéressant pour faire un point sur ton équilibre global. Combien d’heures de travail as-tu réellement tenues ce trimestre ? Combien de jours d’arrêt maladie as-tu posés ? Comment ton corps et ta tête ont encaissé le rythme ? Ces questions, qui peuvent paraître très personnelles, sont pourtant au cœur d’un pilotage intelligent de ton parcours emploi et handicap.
Pour certains profils, l’alternance de périodes à 24 heures de travail hebdomadaires et de périodes à 15 ou 18 heures peut être une stratégie plus réaliste que la recherche obstinée d’un volume fixe. Le droit du travail le permet via des avenants, des temps partiels modulés, voire des ruptures conventionnelles si le poste ne convient plus. L’important, c’est de garder la main sur le calendrier, autant que possible, plutôt que de subir les décisions de l’employeur ou de la Caf.
Quelques repères pratiques peuvent t’aider à sécuriser cette phase :
- Vérifier systématiquement les montants pris en compte sur tes notifications AAH après chaque déclaration.
- Conserver les bulletins de salaire et les relevés d’indemnités pour pouvoir contester un calcul si besoin.
- Anticiper l’effet d’une augmentation d’heures de travail sur un trimestre avant d’accepter une modification contractuelle.
- Te faire accompagner par une assistante sociale ou un conseiller emploi-handicap si les interactions entre AAH, chômage et éventuelles autres allocations deviennent trop complexes.
L’expérience montre que les difficultés ne viennent pas tant des règles en elles-mêmes que des changements de situation mal anticipés : passage brutal à temps plein, perte d’emploi non déclarée, cumul approximatif avec une formation rémunérée, etc. À ce stade, une posture un peu stratégique est recommandée : décider de tes heures de travail en regardant non seulement l’emploi proposé, mais aussi l’impact prévisible sur ton niveau de vie global à 6 ou 12 mois.
Enfin, garder une trace de tes réflexions dans un carnet ou un fichier peut aider. Noter les périodes où tu augmentes ton temps de travail, les raisons, les conséquences ressenties, permet de mieux argumenter ensuite avec la MDPH ou la médecine du travail, et d’ajuster ton projet. Ce travail discret de suivi personnel fait souvent la différence entre un parcours subi et un parcours piloté.
Comment choisir concrètement ton nombre d’heures de travail en gardant l’AAH comme filet de sécurité
Quand on met tout bout à bout, la question n’est pas « combien d’heures de travail l’AAH autorise ? », mais « combien d’heures sont cohérentes avec ton projet, ton état de santé et tes besoins financiers, en s’appuyant sur l’AAH comme levier et non comme frein ». Pour y voir plus clair, tu peux te baser sur une démarche en plusieurs étapes, sans chercher forcément la solution parfaite du premier coup.
Première étape, clarifier ton besoin de revenu minimum. Combien te faut-il chaque mois pour payer le loyer, la nourriture, les frais de santé, le transport, et conserver un petit coussin ? Ce calcul n’a rien de théorique, il pose le décor. En parallèle, renseigne-toi sur ce que peut t’apporter, à plein, l’AAH et, le cas échéant, d’autres allocations (ARE, RSA, etc.). L’écart entre ce besoin et tes allocations t’indique le niveau de salaire à viser, et donc une idée indirecte du volume d’heures nécessaire.
Deuxième étape, évaluer ton niveau de tolérance au travail. Combien d’heures de travail par semaine peux-tu raisonnablement assumer, en incluant le trajet, les temps de préparation, la récupération physique et mentale ? Ce n’est pas une question de volonté, mais de réalité. Beaucoup de bénéficiaires découvrent, en testant un 24 heures de travail par semaine, que ce format est déjà très exigeant. D’autres, au contraire, peuvent monter progressivement vers un 30 heures, voire plus, dès lors que le poste est aménagé et le management compréhensif.
Troisième étape, regarder les effets de seuil. En fonction du salaire horaire, passer de 20 à 24 heures de travail, ou de 28 à 35, ne produit pas les mêmes conséquences sur l’AAH. Un petit tableau de simulation personnel, ou l’aide d’un professionnel, peut te montrer où se situent les points de bascule. L’objectif n’est pas de calibrer à l’euro près, mais de savoir si accepter ces heures supplémentaires te rapproche réellement de ton projet (par exemple sortir progressivement de l’AAH et viser un salaire proche du salaire moyen en France) ou si cela t’expose surtout à une baisse trop forte des allocations pour un gain net limité.
Quatrième étape, parler ouvertement de travail et handicap avec ton employeur actuel ou futur. Beaucoup de contrats sont négociables sur la durée hebdomadaire, les horaires, la possibilité de télétravail ou de journées « allégées ». Présenter clairement ton besoin en termes d’heures de travail soutenables peut éviter des situations intenables à moyen terme. Les textes du droit du travail et la RQTH offrent des leviers, mais encore faut-il oser les utiliser.
Enfin, accepter que ce nombre d’heures ne soit pas figé. Une période de vie avec des soins lourds, un changement de traitement, un déménagement ou des responsabilités familiales nouvelles peuvent nécessiter de revoir ton organisation. L’AAH, quand elle est bien comprise, peut t’aider à encaisser ces variations sans que tout ton budget s’effondre. C’est d’ailleurs l’un des rares dispositifs qui, correctement articulé avec l’emploi, permet d’aménager des trajectoires professionnelles réellement sur-mesure.
Au fond, la vraie question à te poser pourrait être celle-ci : « De combien d’heures de travail ai-je besoin pour avancer dans mon projet sans m’épuiser, et comment utiliser l’AAH comme une marge de manœuvre plutôt que comme une barrière ? ». La réponse ne sera pas la même pour tout le monde, et c’est justement là que se trouve l’intérêt de bien connaître les règles du jeu.
Existe-t-il un plafond légal d’heures de travail pour rester éligible à l’AAH ?
Non, la loi ne fixe pas de plafond d’heures de travail spécifique pour les bénéficiaires de l’AAH. Ce qui compte, ce sont tes ressources, en particulier ton salaire, et leur niveau par rapport aux plafonds de l’AAH. Tu peux donc théoriquement travailler à temps partiel ou à temps plein, mais plus tes revenus augmentent, plus ton allocation sera réduite, jusqu’à éventuellement disparaître si les plafonds de ressources sont dépassés.
Que se passe-t-il pour l’AAH quand je commence à travailler en milieu ordinaire ?
Les 6 premiers mois de ton activité salariée en milieu ordinaire, tes revenus professionnels ne sont pas pris en compte pour le calcul de l’AAH : tu cumules donc intégralement salaire et allocation. Après cette période, l’AAH devient différentielle. La Caf ou la MSA applique alors des abattements sur ton salaire (80 % puis 40 % selon les tranches) et ne retient qu’une partie de tes revenus pour recalculer ton droit.
Comment sont gérés les revenus en ESAT avec l’AAH ?
En ESAT, tu perçois une rémunération garantie comprise entre 55 % et 110 % du Smic horaire. L’AAH vient compléter cette rémunération dans la limite de plafonds qui dépendent de ta situation familiale. Si la somme rémunération garantie + AAH dépasse ces plafonds, l’allocation est réduite. Pour le calcul, la Caf ou la MSA applique un abattement spécifique sur ta rémunération, différent de celui utilisé pour le milieu ordinaire.
Dois-je déclarer mes revenus si je ne travaille que quelques heures par semaine ?
Oui, même si tu travailles peu, tes revenus doivent être déclarés tous les trois mois à la Caf ou à la MSA. La déclaration trimestrielle permet d’ajuster correctement ton AAH en fonction de ce que tu as réellement perçu. Ne pas déclarer peut entraîner des indus (sommes trop versées) que tu devras rembourser, voire des suspensions de ton allocation.
Puis-je augmenter progressivement mes heures de travail sans perdre d’un coup mon AAH ?
Oui, c’est souvent même la stratégie la plus sécurisante. Tu peux commencer par un temps partiel, profiter des 6 premiers mois de cumul intégral, puis ajuster ton nombre d’heures en regardant l’impact sur ton AAH à chaque déclaration trimestrielle. Tant que tes ressources restent en dessous des plafonds et que tes critères médicaux sont toujours remplis, le droit à l’AAH peut être maintenu, même si le montant versé diminue progressivement.
