Prendre un congé sans solde : démarches, conditions et cas particuliers à connaître

Prendre un congé sans solde reste l’un des rares leviers qui permet de souffler vraiment sans rompre immédiatement le lien avec l’employeur. C’est une parenthèse, parfois très courte, parfois beaucoup plus longue, qui ne s’improvise

Sophie Martineau

Rédigé par : Sophie Martineau

Publié le : avril 10, 2026


Prendre un congé sans solde reste l’un des rares leviers qui permet de souffler vraiment sans rompre immédiatement le lien avec l’employeur. C’est une parenthèse, parfois très courte, parfois beaucoup plus longue, qui ne s’improvise pas si tu veux éviter les mauvaises surprises sur ton salaire, tes droits sociaux ou ton retour au poste. Entre ce que prévoit le droit du travail, ce que négocient les branches, et la réalité des pratiques managériales, il y a souvent un fossé. Le but ici est de combler cet écart et de te donner une vision claire pour préparer ta demande en limitant les risques.

Dans les accompagnements en évolution professionnelle, ce congé revient régulièrement : salarié en CDI qui veut tester une activité indépendante, personne épuisée qui a besoin de s’arrêter plus longtemps qu’un simple congé payé, salarié en CDD qui reçoit une proposition de mission à l’étranger… Les situations sont très variées, et les règles sont moins automatiques qu’on le croit. Le congé sans solde n’est pas encadré par le Code du travail comme un congé sabbatique ou un congé parental. Résultat : tout repose sur l’acceptation employeur, les usages internes et ta capacité à poser un cadre écrit. Tu vas voir que cela peut devenir un vrai outil stratégique, à condition de bien maîtriser les démarches congé, les impacts sur ton contrat et les cas particuliers congé qui se glissent dans le quotidien (préavis, travail pendant le congé, cumul avec d’autres droits, etc.).

En bref

  • Le congé sans solde est une période d’absence non rémunérée pendant laquelle ton contrat est suspendu, mais pas rompu.
  • Le Code du travail ne fixe presque rien : la durée congé, les conditions et les modalités reposent surtout sur l’accord entre salarié et employeur.
  • La demande congé doit toujours être formalisée par écrit, avec dates et modalités de retour, même si la loi ne l’impose pas.
  • L’acceptation employeur n’est pas automatique : en l’absence de dispositions conventionnelles, il peut refuser sans se justifier.
  • Le congé sans solde gèle l’ancienneté, les congés payés et les cotisations retraite, mais laisse inchangé le lien contractuel, sauf cas de rupture contrat ultérieure pour autre motif.
  • Il ne faut pas le confondre avec un congé sabbatique : les conditions congé sans solde sont plus souples, mais aussi plus précaires.

Congé sans solde : définition, cadre légal minimal et vrais enjeux pour le salarié

Le point de départ, c’est de bien comprendre ce qu’est exactement un congé sans solde. Juridiquement, on parle d’une période d’absence non rémunérée accordée par l’employeur à la demande du salarié. Pendant cette période, le contrat de travail est suspendu : tu ne travailles pas, tu n’es pas payé, mais tu restes dans les effectifs de l’entreprise. Ce n’est donc pas une rupture contrat, contrairement à une démission ou une rupture conventionnelle.

Cette parenthèse peut servir à tout un tas de projets qui ne rentrent pas dans les congés « officiels » : tour du monde, prise en charge d’un parent dépendant, reprise d’études sans financement, test d’une nouvelle activité, retour dans ton pays d’origine quelques mois, etc. Là où beaucoup se trompent, c’est en imaginant que ce congé serait un droit acquis comme les congés payés. Ce n’est pas le cas. Le Code du travail ne donne aucun droit général au congé sans solde, il laisse la main au dialogue entre toi et ton employeur.

Concrètement, cela signifie plusieurs choses. D’abord, il n’existe ni durée minimale, ni durée maximale légale. Tu peux demander une journée, deux semaines, six mois ou plus, tant que l’employeur est d’accord. Ensuite, il n’y a aucune condition d’ancienneté prévue par la loi : un salarié en CDD depuis quelques mois, un CDI de longue date ou un temps partiel peuvent formuler la même demande. Enfin, aucune motivation particulière n’est exigée par les textes : c’est un congé pour convenance personnelle, tu restes libre de garder le motif pour toi, même si en pratique, expliquer ton projet aide souvent à convaincre.

La contrepartie de cette grande souplesse, c’est que l’employeur garde une marge de manœuvre très large. Sans dispositions spécifiques dans la convention collective ou un accord d’entreprise, il peut accepter, refuser, proposer d’autres dates, réduire la durée congé… et il n’a pas à se justifier. Certains secteurs comme l’hôtellerie-restauration ou la santé ont pris l’habitude d’encadrer davantage ce type d’absence dans leurs textes internes pour éviter les tensions dans les équipes. D’où l’intérêt de vérifier ce que prévoit ton accord de branche ou ta convention collective avant même de rédiger ta demande.

Autre point qui pose souvent question : peut-on être obligé de partir en congé sans solde quand l’entreprise ferme ou traverse une crise ? La réponse est nette : non, sauf cas très particulier de fermeture annuelle où tu n’as pas assez de congés payés pour couvrir l’intégralité de la période. Dans ce cas, tu peux te tourner vers France Travail pour voir si certaines journées peuvent être indemnisées. En dehors de ce scénario précis, un congé sans solde imposé reste illégal, même si on te met sous pression en brandissant une pseudo « clause » du contrat.

Du côté des protections, tu conserves en principe la mutuelle d’entreprise et l’affiliation à la Sécurité sociale grâce à la Protection universelle maladie. En revanche, pas d’indemnités chômage pendant un congé sans solde, car tu es toujours considéré comme en emploi. Le congé peut par contre être préparé dans une logique de transition : pause avant une reconversion, un départ vers le freelancing, ou une autre forme de rupture contrat envisagée plus tard. L’important, c’est de ne pas traiter cette absence comme une simple respiration, mais comme un élément structurant de ta trajectoire professionnelle.

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Pour résumer cette première étape, le congé sans solde est un outil à double tranchant : très flexible si tu négocies bien, très fragile si tu pars sans cadre ni anticipation. La suite logique, c’est donc de poser toutes les conditions congé sans solde noir sur blanc avec ton employeur.

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Démarches congé sans solde : comment formuler ta demande et sécuriser l’accord

La loi ne t’impose aucun formalisme pour la demande congé, mais partir sans trace écrite serait franchement risqué. Les interlocuteurs peuvent changer, les souvenirs aussi, et tu n’as pas envie de débattre de trois jours de décalage au moment de ton retour. Une démarche structurée te protège autant que ton employeur, surtout pour une absence non rémunérée.

Premier réflexe à avoir : jeter un œil à tes textes internes. Ta convention collective peut prévoir une procédure précise pour les congés pour convenances personnelles. Certaines imposent par exemple un courrier au moins deux ou trois mois avant le départ, d’autres limitent la durée congé à un an, d’autres encore réservent ce congé à partir d’un certain seuil d’ancienneté. Ne pas respecter ces règles internes, c’est offrir à ton employeur un motif tout trouvé pour refuser ou reporter ton projet.

Ensuite vient le moment de la rédaction. Une demande de congé sans solde efficace, ce n’est pas une simple phrase envoyée vite fait par mail. Tu gagnes à préciser noir sur blanc :

  • la période souhaitée (date de départ et date de retour envisagée) ;
  • la durée précise en jours ou en mois ;
  • éventuellement, la possibilité de renouvellement et la manière dont cela serait décidé ;
  • les points pratiques à ton retour (poste identique ou équivalent, localisation, temps de travail).

Le motif reste facultatif. Pourtant, quand tu expliques clairement ton projet, les chances d’acceptation employeur augmentent très nettement dans les faits. Un manager comprend par exemple qu’un congé de quelques mois pour suivre une formation peut, à terme, renforcer tes compétences et bénéficier à l’équipe. À l’inverse, une demande floue et urgente envoie plutôt un signal d’alerte.

Sur les délais, la pratique raisonnable tourne généralement entre un et trois mois avant le départ. Au-delà, l’employeur a le temps d’organiser un remplacement ou une répartition de la charge de travail. En dessous, surtout pour un long congé, tu mets tout le monde sous pression. Certains services RH recommandent un délai de six mois pour les absences supérieures à trois mois, notamment dans les PME où les effectifs sont réduits.

Une fois ta demande rédigée, mieux vaut privilégier un écrit traçable : courrier recommandé avec accusé de réception ou au minimum mail avec confirmation de lecture. Là encore, ce n’est pas une exigence légale, mais c’est une protection en cas de changement de direction ou de conflit futur. De son côté, l’employeur a tout intérêt à répondre aussi par écrit, sous la forme d’un courrier d’acceptation ou d’un avenant au contrat qui encadre cette suspension.

Ce document d’accord doit détailler le minimum suivant : dates exactes de début et de fin, rappel que le congé est non rémunéré, maintien ou non de certains avantages (mutuelle, titres-restaurant, etc.), conséquences sur les congés payés et l’ancienneté, conditions de retour et éventuelle impossibilité de cumuler ce congé avec d’autres absences à la même période. Certains ajoutent une clause indiquant que, sans retour du salarié à la date prévue ni nouvelle négociation, l’entreprise pourra enclencher une procédure de licenciement pour abandon de poste. C’est rude sur le papier, mais au moins tout le monde sait à quoi s’en tenir.

Cette phase de discussion est souvent le moment où émergent les craintes côté salarié : peur d’être mal vu, d’être « oublié » pour les prochains projets, ou carrément remplacé. Ces craintes ne sont pas infondées, mais ce n’est pas le congé sans solde en lui-même qui les déclenche, c’est la culture de l’entreprise. D’où l’intérêt, parfois, de s’appuyer sur des outils RH structurants comme un logiciel de gestion des temps. Par exemple, des solutions pensées pour l’hôtellerie-restauration comme certains logiciels RH HCR permettent à l’entreprise de piloter plus sereinement ces absences, ce qui facilite souvent l’acceptation.

L’idée clé à retenir sur ce volet démarches, c’est qu’un congé sans solde bien négocié ressemble plus à un petit contrat spécifique qu’à un simple arrangement oral. Plus tu cadres en amont, moins tu laisses de place aux malentendus au retour.

Conditions congé sans solde, durée et impacts concrets sur le contrat de travail

Passons maintenant aux conditions congé sans solde et à tout ce que cela change concrètement pour ton contrat. On l’a vu, la loi n’impose ni durée congé minimale ni maximale. Ce sont donc l’accord d’entreprise, la convention collective et, à défaut, la négociation individuelle qui fixent le cadre. En pratique, beaucoup de structures se calquent sur des durées « repères » : quelques jours pour prolonger un congé familial, une à deux semaines pour un déménagement ou un mariage à l’étranger, plusieurs mois pour une reprise d’études ou un projet entrepreneurial.

Le cœur du sujet, ce sont les effets de cette suspension sur tes droits. Pour clarifier, voici un tableau synthétique des principaux impacts pendant un congé sans solde.

Aspect du contratEffet pendant le congé sans solde
RémunérationPas de salaire pendant toute la période. Possibilité d’utiliser un compte épargne-temps si existant et si l’accord l’autorise.
Contrat de travailContrat suspendu, mais non rompu. Le lien de subordination est mis en pause.
AnciennetéPériode en général non prise en compte pour le calcul de l’ancienneté, sauf accord plus favorable.
Congés payésAucun nouveau droit à congés payés n’est acquis, car ce n’est pas du temps de travail effectif.
Protection de l’emploiRetour en principe au même poste ou à un poste équivalent. Licenciement possible uniquement pour motif économique ou faute grave sans lien avec le congé.
Sécurité sociale et chômageMaintien de l’affiliation maladie via la PUMA, mais pas d’indemnités journalières faute de salaire de référence. Pas d’allocations chômage durant le congé.
Activité parallèlePossibilité de travailler ailleurs ou sur un projet personnel, dans le respect de l’obligation de loyauté et des clauses de non-concurrence.

Sur le papier, le salarié est donc protégé : la rupture contrat n’est pas automatique à cause du congé. Pourtant, la période n’est pas neutre pour la suite de ta carrière. Ne plus accumuler d’ancienneté peut jouer sur certains droits (prime d’ancienneté, calcul d’indemnité de licenciement, accès à certains congés internes ou à des dispositifs comme les départs anticipés). De même, une longue pause sans cotisation retraite crée un « trou » dans ton parcours, qui peut peser au moment de la liquidation de tes droits.

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Autre point souvent découvert trop tard : pendant cette période, tu ne génères pas de droits salarié supplémentaires en matière de congés payés. Si tu prends six mois de congé sans solde du 1er janvier au 30 juin, tu auras mécaniquement moins de jours de congés pour l’année suivante, sauf mesures spécifiques de ton entreprise. C’est un point à anticiper financièrement, surtout si tu comptes enchaîner sur une formation, une reconversion ou une reprise d’activité partielle.

La situation est un peu différente pour les jeunes de moins de 21 ans. Le droit du travail leur permet, quand ils n’ont pas assez de congés payés pour atteindre 30 jours ouvrables, de demander des jours non rémunérés pour compléter. Dans ce cas précis, l’employeur ne peut pas refuser, car l’objectif est de garantir un repos suffisant. On reste techniquement sur une absence non rémunérée, mais ici, la protection est plus forte pour le jeune salarié.

Enfin, la question du maintien de certains avantages doit être clarifiée, idéalement dans l’accord écrit. Par exemple, le sort des titres-restaurant ou de la participation varie selon les entreprises. Les droits salarié sur ce point s’appuient beaucoup sur les accords internes. Le débat sur la clause relative aux tickets-restaurant illustre bien à quel point ces sujets sont sensibles : si l’entreprise suspend trop largement ces avantages au-delà de ce que prévoient les accords, le salarié peut y perdre au-delà de la simple rémunération.

En résumé, un congé sans solde reste un levier utile, mais jamais neutre. Avant de te lancer, tu gagnes à regarder au-delà de la simple envie de souffler pour mesurer l’ensemble des conséquences sur ton contrat, tes droits sociaux et ta trajectoire financière.

Cas particuliers congé sans solde : préavis, travail pendant le congé, CDD, CDI, jeunes salariés

Une fois que les grandes règles sont posées, les cas particuliers congé font ressortir les situations les plus piégeuses. Et ce sont précisément celles qui reviennent en rendez-vous d’accompagnement. Prenons quelques scénarios typiques pour clarifier.

Premier cas : le congé sans solde pendant un préavis. Qu’il s’agisse d’un préavis de licenciement ou d’un préavis de démission, tu peux tout à fait demander un congé sans solde sur cette période. Rien ne t’en empêche. En revanche, l’acceptation employeur reste optionnelle. Beaucoup de directions refusent, car cela complique l’organisation et peut réduire la capacité de passation. Si l’employeur accepte, le préavis est en principe suspendu pendant la durée du congé, puis reprend à ton retour, sauf accord inverse. Là encore, tout l’intérêt d’un écrit est d’éviter les quiproquos sur la date de fin de contrat.

Deuxième cas : le travail pendant le congé sans solde. Le contrat étant suspendu, tu peux, sur le principe, exercer une autre activité. C’est d’ailleurs l’un des intérêts de ce type d’absence si tu veux tester un nouveau métier ou lancer une entreprise. Mais trois garde-fous s’imposent. Tu dois respecter l’obligation de loyauté : ne pas nuire à ton employeur, ne pas détourner de clientèle, ne pas utiliser des informations sensibles. Tu dois aussi respecter une éventuelle clause de non-concurrence : pas question de travailler pour un concurrent direct si une telle clause est en vigueur, sous peine de sanctions. Enfin, tu dois rester attentif aux règles de durée du travail si tu cumules plusieurs activités, notamment en cas de reprise partielle dans ton entreprise d’origine.

Troisième cas : le congé sans solde pour un salarié en CDD. Contrairement à certaines croyances, rien n’interdit à un CDD de demander un congé sans solde. La condition logique, c’est que la durée congé reste inférieure à la durée restante du contrat. L’employeur, là encore, est libre d’accepter ou pas. Dans les faits, certains CDD obtiennent des périodes d’absence non rémunérée pour préparer un concours, suivre une courte formation ou gérer une situation familiale urgente. Mais la précarité du CDD rend ce type de négociation plus délicat, car la continuité de la mission est souvent jugée prioritaire.

Quatrième cas : les jeunes salariés de moins de 21 ans, déjà évoqués plus haut. Ils disposent d’un droit renforcé pour étendre leurs congés jusqu’à 30 jours ouvrables via des jours non rémunérés. Ce dispositif vise à leur garantir un niveau de repos équivalent aux salariés plus anciens. Pour eux, ce congé « complémentaire » ressemble à un congé sans solde partiellement encadré par la loi. L’employeur ne peut pas s’y opposer, ce qui crée une différence notable avec le régime général.

Un autre sujet délicat concerne les congés sans solde imposés par l’employeur dans des contextes économiques difficiles. Certaines entreprises tentent ponctuellement de contourner les règles du chômage partiel en poussant les salariés à accepter des périodes non rémunérées. Juridiquement, sans accord clair et volontaire du salarié, ces pratiques restent fragiles. La jurisprudence a déjà rappelé que le congé sans solde est une exception qui doit venir d’une demande du salarié, pas d’une injonction unilatérale.

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Enfin, il faut dire un mot du lien entre congé sans solde et licenciement. En principe, un salarié en congé sans solde ne peut pas être licencié en lien avec ce congé. En revanche, un licenciement pour motif économique ou pour faute grave reste possible s’il est justifié par d’autres éléments. Par exemple, une faute lourde commise avant le départ ou la fermeture d’un service pour motif économique pendant le congé. Dans ce contexte, le calcul de l’indemnité et l’accès aux allocations chômage obéissent aux règles habituelles. Les règles sur l’indemnité chômage après faute grave illustrent bien les conséquences possibles si la situation dégénère.

Ces cas particuliers montrent une chose : le congé sans solde n’est pas qu’une simple parenthèse personnelle. Il interagit avec l’ensemble de la relation de travail, jusqu’à la fin éventuelle du contrat. Autant dire qu’avant de t’engager, poser quelques scénarios « extrêmes » avec ton employeur peut éviter bien des tensions ensuite.

Différences entre congé sans solde, congé sabbatique et autres absences non rémunérées

Dernier bloc indispensable pour y voir clair : distinguer le congé sans solde des autres dispositifs. Beaucoup de salariés mélangent tout, et ce flou finit parfois en mauvaises décisions. Le cas le plus fréquent, c’est la confusion avec le congé sabbatique. Sur le papier, les deux se ressemblent : suspension du contrat, absence non rémunérée, retour dans l’entreprise. En pratique, les logiques sont très différentes.

Le congé sabbatique est encadré par le Code du travail. Il est réservé aux salariés ayant au moins six ans d’activité professionnelle, dont trois ans d’ancienneté dans l’entreprise, et qui n’ont pas bénéficié d’un congé sabbatique ou d’un congé pour création d’entreprise dans les six années précédentes. Sa durée est strictement bornée entre six et onze mois. La durée congé et les conditions sont donc très cadrées, tout comme la procédure de demande, qui doit respecter un délai de trois mois avant le départ.

Le congé sans solde, lui, reste hors de ce cadre légal précis. Tu peux le demander sans condition d’ancienneté, pour quelques jours ou plusieurs mois, voire plus si ton employeur accepte. C’est d’ailleurs ce qui en fait un outil intéressant pour ceux qui ne remplissent pas les critères du sabbatique, ou qui ont besoin d’une durée plus courte. Mais c’est aussi ce qui le rend plus aléatoire, car aucune obligation générale n’est faite à l’employeur d’accepter.

On peut aussi comparer le congé sans solde à d’autres absences prévues par la loi : congé parental, congé pour création d’entreprise, projet de transition professionnelle, congé pour reprise d’études. Tous ces dispositifs ouvrent des droits précis, parfois des aides financières ou des prises en charge partielles par les organismes publics. En contrepartie, ils supposent des dossiers plus lourds, des délais de prévenance longs et des critères d’éligibilité serrés. Le congé sans solde, lui, se négocie directement, sans intermédiaire. C’est sa force et sa faiblesse.

Dans la pratique, beaucoup de salariés combinent ces leviers. Par exemple, un projet de reconversion peut démarrer par un congé sans solde de quelques semaines pour suivre une première formation courte, puis se prolonger par un projet de transition professionnelle financé. D’autres utilisent un congé sans solde comme sas de décompression après une période de surcharge, avant de décider ou non d’une rupture contrat plus définitive. Ce tempo par étapes s’avère souvent plus sécurisant que le « tout ou rien ».

Un point de vigilance souvent oublié concerne les conséquences administratives autour. Certaines administrations ou organismes (banques, bailleurs, organismes de crédit) comprennent mal le statut de suspension de contrat. Un salarié en congé sans solde n’est pas au chômage, mais il n’a parfois plus de revenus réguliers, ce qui peut compliquer un projet immobilier ou une renégociation de prêt. De même, dans la fonction publique ou les structures para-publiques, les dates de versement habituelles peuvent être perturbées si tu passes d’un plein traitement à une absence totale. Les repères que l’on trouve dans des contenus sur la date de paye des fonctionnaires montrent à quel point ces calendriers comptent dans la vie quotidienne.

Au bout du compte, faire la différence entre ces congés, ce n’est pas qu’une affaire de vocabulaire. C’est une façon de choisir l’outil le plus adapté à ta situation : besoin ponctuel ou profond, projet construit ou phase d’exploration, marge de manœuvre financière ou non. Le congé sans solde n’est ni un congé sabbatique low-cost, ni un simple bricolage. C’est un levier à part entière, à manier en conscience.

Un employeur peut-il refuser systématiquement les demandes de congé sans solde ?

Oui, en l’absence de dispositions spécifiques dans la convention collective ou un accord d’entreprise, l’employeur reste libre de refuser un congé sans solde sans avoir à motiver sa décision. Ce congé n’est pas un droit automatique. La seule exception concerne certains cas prévus par la loi, comme les jeunes de moins de 21 ans qui demandent des jours non rémunérés pour compléter leurs congés jusqu’à 30 jours ouvrables. Pour le reste, tout repose sur la négociation et le rapport de confiance entre toi et ton employeur.

Le congé sans solde peut-il être transformé ensuite en rupture de contrat ?

Le congé sans solde, en lui-même, ne provoque pas une rupture de contrat. Il suspend le contrat puis celui-ci reprend à la date convenue de retour. En revanche, il peut précéder une rupture, par exemple une démission, une rupture conventionnelle ou un licenciement pour un autre motif. Certains salariés utilisent d’ailleurs ce congé pour tester un projet avant de décider, en connaissance de cause, s’ils souhaitent réellement quitter l’entreprise.

Puis-je annuler ou modifier mon congé sans solde après l’accord de l’employeur ?

En pratique, une annulation ou une modification reste possible tant que tu trouves un accord avec ton employeur. Juridiquement, il n’existe pas de droit général à se rétracter. Si tu souhaites revenir sur ta demande, il vaut mieux envoyer rapidement un courrier ou un mail en expliquant la situation. Si l’employeur n’a pas encore formalisé son accord ou réorganisé le service, il sera souvent plus enclin à accepter le changement. D’où l’intérêt, encore une fois, de tout traiter par écrit.

Que se passe-t-il pour ma mutuelle et ma couverture santé pendant un congé sans solde ?

En général, la mutuelle d’entreprise est maintenue pendant un congé sans solde, car tu restes salarié de la structure, sauf disposition contraire dans les accords internes. Par ailleurs, la Protection universelle maladie (PUMA) garantit la continuité de ton affiliation à la Sécurité sociale, même sans salaire pendant quelques mois. En revanche, en l’absence de rémunération, tu ne touches pas d’indemnités journalières en cas d’arrêt maladie sur la période de congé.

Est-ce une bonne idée de prendre un congé sans solde avant une reconversion professionnelle ?

Cela peut être une bonne stratégie si tu l’utilises comme un temps d’exploration cadré : immersion dans un nouveau métier, formation courte, travail sur ton projet. Le congé sans solde te permet de tester sans couper immédiatement le lien avec ton employeur. En revanche, il ne finance pas ton projet, et il faut anticiper l’impact sur tes droits (congés payés, retraite, ancienneté). Pour une reconversion plus lourde, il peut être pertinent de combiner ce congé avec des dispositifs financés comme le projet de transition professionnelle, plutôt que de tout miser sur une longue absence non rémunérée.

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